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Romans

Comme un commun

par Camille Saint-Jacques

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Camille Saint-Jacques introduit ses notes réflexives de la même façon qu’il signe – ne signe pas – ses tableaux : inscrivant son âge en chiffres romains et, en chiffres arabes, le numéro correspondant au jour de l’année. C’est dire que sa peinture et son écriture se veulent journalières, qu’elles prennent place tout ensemble dans le temps du quotidien, dans la durée d’une vie d’homme et dans un horizon qui les dépasse l’un et l’autre. « Chacune [de mes œuvres] vaut pour le nombre d’années et de jours qu’il m’a fallu pour la faire. La dernière affichait 61 années et 106 jours. Celle-ci en aura autant, plus une poignée de journées. En deux fois j’aurais dépassé les 120 ans. Autant dire que ma vie de peintre se compte déjà en milliers d’années. Pas étonnant que je vive au milieu de fantômes ! » Malgré ce choix du jour le jour, qu’on ne redoute pas ici de devoir prêter l’oreille au clapotis d’une chronique routinière. Car ce choix relève d’une aspiration éthique et esthétique nettement exprimée et même revendiquée ; et quoique la voix et la vie de l’auteur transparaissent à chaque page, quoique le ton reste toujours celui d’une quête personnelle, le sujet de ces notes très élaborées est bel et bien, non seulement ma, mais la peinture. L’émotion primordiale, le tâtonnement aveugle, le lâcher-prise recherchés dans l’acte de peindre sont ainsi ressaisis dans des analyses d’une grande limpidité. On se souviendra, à cet égard, que Camille Saint-Jacques est aussi enseignant, penseur de l’art et co-directeur de publication de la revue Beautés. C’est ce double regard qui rend précieux ces carnets de création. Leur auteur, qui semble reprendre son souffle dans le mouvement réflexif, dépose les pensées surgies au fil de la peinture, et cultive dans ce même geste l’abandon nécessaire pour entreprendre le prochain tableau. Car il ne s’agit pas de fixer un programme ou de tirer des plans mais, au contraire, d’approfondir, sans sombrer dans l’obscurité, la part irréductible d’ignorance et de mystère que comprend le geste de peindre. « Il faut peindre en pratiquant l’oubli jusqu’à oublier la peinture même, ne jamais lui accorder d’importance vaniteuse et d’importance, se dire chaque jour : Anything goes. L’expérience véritable c’est de n’avoir aucun métier. » Lignes qui font écho à la défense de l’« amateurisme » menée de longue date par l’auteur et non exempte d’implications politiques : la peinture n’est pas une profession, ni un travail, ni même une activité difficile, mais une recherche éminemment personnelle. Rappelant par son rythme les carnets de La Semaison de Philippe Jaccottet, Comme un commun pourra intéresser au-delà du cercle des amateurs d’art, car la peinture y apparaît comme la voie d’un rapport plus juste au présent. De Camille Saint-Jacques, L’Atelier contemporain avait déjà publié un ensemble de notes, en 2019, sous le titre Talus et Fossés.

Éditeur
L'Atelier Contemporain
Pages
256
Format
Broché
ISBN
9782850350924
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À propos de ce livre

Camille Saint-Jacques introduit ses notes réflexives de la même façon qu’il signe – ne signe pas – ses tableaux : inscrivant son âge en chiffres romains et, en chiffres arabes, le numéro correspondant au jour de l’année. C’est dire que sa peinture et son écriture se veulent journalières, qu’elles prennent place tout ensemble dans le temps du quotidien, dans la durée d’une vie d’homme et dans un horizon qui les dépasse l’un et l’autre. « Chacune [de mes œuvres] vaut pour le nombre d’années et de jours qu’il m’a fallu pour la faire. La dernière affichait 61 années et 106 jours. Celle-ci en aura autant, plus une poignée de journées. En deux fois j’aurais dépassé les 120 ans. Autant dire que ma vie de peintre se compte déjà en milliers d’années. Pas étonnant que je vive au milieu de fantômes ! » Malgré ce choix du jour le jour, qu’on ne redoute pas ici de devoir prêter l’oreille au clapotis d’une chronique routinière. Car ce choix relève d’une aspiration éthique et esthétique nettement exprimée et même revendiquée ; et quoique la voix et la vie de l’auteur transparaissent à chaque page, quoique le ton reste toujours celui d’une quête personnelle, le sujet de ces notes très élaborées est bel et bien, non seulement ma, mais la peinture. L’émotion primordiale, le tâtonnement aveugle, le lâcher-prise recherchés dans l’acte de peindre sont ainsi ressaisis dans des analyses d’une grande limpidité. On se souviendra, à cet égard, que Camille Saint-Jacques est aussi enseignant, penseur de l’art et co-directeur de publication de la revue Beautés. C’est ce double regard qui rend précieux ces carnets de création. Leur auteur, qui semble reprendre son souffle dans le mouvement réflexif, dépose les pensées surgies au fil de la peinture, et cultive dans ce même geste l’abandon nécessaire pour entreprendre le prochain tableau. Car il ne s’agit pas de fixer un programme ou de tirer des plans mais, au contraire, d’approfondir, sans sombrer dans l’obscurité, la part irréductible d’ignorance et de mystère que comprend le geste de peindre. « Il faut peindre en pratiquant l’oubli jusqu’à oublier la peinture même, ne jamais lui accorder d’importance vaniteuse et d’importance, se dire chaque jour : Anything goes. L’expérience véritable c’est de n’avoir aucun métier. » Lignes qui font écho à la défense de l’« amateurisme » menée de longue date par l’auteur et non exempte d’implications politiques : la peinture n’est pas une profession, ni un travail, ni même une activité difficile, mais une recherche éminemment personnelle. Rappelant par son rythme les carnets de La Semaison de Philippe Jaccottet, Comme un commun pourra intéresser au-delà du cercle des amateurs d’art, car la peinture y apparaît comme la voie d’un rapport plus juste au présent. De Camille Saint-Jacques, L’Atelier contemporain avait déjà publié un ensemble de notes, en 2019, sous le titre Talus et Fossés.

Publié chez L'Atelier Contemporain en janvier 2023, cet ouvrage fait partie de nos recommandations au rayon Romans.

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