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"Rien n'est plus terrible que de se taire, quand on ressent la nécessité de parler. Rien n'est moins supportable que le silence des autres, quand on tente de répondre à cette nécessité. Tout ce qu'on lit, tout ce qu'on entend tous les jours doit être considéré comme une seule parole collective en rupture avec elle-même. C'est à l'intérieur de ce texte, mi-écrit mi-parlé, que l'écriture de l'homme isolé devant sa page se faufile, comme un fil entre des millions d'autres fils en connexion. Mais quand on prend conscience de la mobilité des idées révolutionnaires, et qu'on réentend cette parole subversive qui, de Saint-Just à "Che" Guevara, rejoint finalement le centre de toutes les autres paroles, on commence à comprendre que la voix personnelle n'est jamais faite pour porter l'écho d'un seul individu. On cherche, alors, à lier ce que l'on pense avec ce que les autres ont pensé et dit, et l'on s'aperçoit très vite qu'écrire devient un acte historique, comme tous les actes humains qui relient deux réalités séparées. C'est en écrivant Trajectoire que je crois avoir saisi un certain fil conducteur qui permet, même au plus solitaire des individus, de se lier à la plus collective des révolutions : par un nouveau type d'écriture, où tous les textes, toutes les paroles seraient mis en contact, comme ils le sont dans la vie. J'ai donc suivi la trajectoire invisible des idées révolutionnaires, qui se poursuit, aujourd'hui, dans la trame des événements et des oeuvres. J'ai voulu en faire apparaître la violente continuité, au sein de toutes les discordes, et pour cela, j'ai juxtaposé, page après page, ma vie et celle du monde." Alain Jouffroy.
"Rien n'est plus terrible que de se taire, quand on ressent la nécessité de parler. Rien n'est moins supportable que le silence des autres, quand on tente de répondre à cette nécessité. Tout ce qu'on lit, tout ce qu'on entend tous les jours doit être considéré comme une seule parole collective en rupture avec elle-même. C'est à l'intérieur de ce texte, mi-écrit mi-parlé, que l'écriture de l'homme isolé devant sa page se faufile, comme un fil entre des millions d'autres fils en connexion. Mais quand on prend conscience de la mobilité des idées révolutionnaires, et qu'on réentend cette parole subversive qui, de Saint-Just à "Che" Guevara, rejoint finalement le centre de toutes les autres paroles, on commence à comprendre que la voix personnelle n'est jamais faite pour porter l'écho d'un seul individu. On cherche, alors, à lier ce que l'on pense avec ce que les autres ont pensé et dit, et l'on s'aperçoit très vite qu'écrire devient un acte historique, comme tous les actes humains qui relient deux réalités séparées. C'est en écrivant Trajectoire que je crois avoir saisi un certain fil conducteur qui permet, même au plus solitaire des individus, de se lier à la plus collective des révolutions : par un nouveau type d'écriture, où tous les textes, toutes les paroles seraient mis en contact, comme ils le sont dans la vie. J'ai donc suivi la trajectoire invisible des idées révolutionnaires, qui se poursuit, aujourd'hui, dans la trame des événements et des oeuvres. J'ai voulu en faire apparaître la violente continuité, au sein de toutes les discordes, et pour cela, j'ai juxtaposé, page après page, ma vie et celle du monde." Alain Jouffroy.
Publié chez GALLIMARD en février 1968, cet ouvrage fait partie de nos recommandations au rayon Romans.
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